Persistance du dessin

 

      La plupart des articles de ce blog consacré à ma démarche de dessinateur et de graveur consacre l’idée que la représentation d’un visage repose sur une illusion de vérité.

C’est le cas quand la subjectivité du dessinateur s’adresse au regard qu’il porte au modèle; c’est d’autant plus le cas quand le visage de référence appartient à une iconographie du passé, qu’il soit portrait peint ou gravé, dont sa présence sur les cimaises d’un musée m’interpelle ou me questionne. Á la subjectivité s’ajoute la distance du temps et du monde égaré, effacé de nos mémoires.

J’ai vécu cette confrontation de nombreuses fois au gré de la thématique choisie dans mes séries (voir Portraits des lumières, par exemple, ou Le geste et la trace).

Les traits du visage qui étaient initialement les traits de l’emprise du vivant se dissolvent sous mon propre regard, étranger à leur histoire et à leurs passions, pour n’être plus qu’un répertoire de signes universels et abstraits.

Á l’empreinte du temps se superpose et se substitue inexorablement celle de mon ressenti et de ma façon propre d’appréhender le monde. Mon dessin est ainsi constitué de strates de regards clairs et confus qui se mêlent ou se superposent, matérialisées par des formes graphiques qui sont davantage subordonnées à l’intuition qu’à l’observation. Le seul contrôle qui s’opère à mon jugement de dessinateur résidera dans la superposition finale des fines feuilles de papier qui contiennent chacune des éléments épars du portrait.

      Mais  il ne s’agit pas pour autant de création involontaire ou infondée dans la mesure où l’œil du visage qui sert de référence est consciencieusement préservé, de sorte même d’être le point d’ancrage du dessin en devenir.

      Je vis cette pratique du dessin comme la perpétuelle approche d’un visage idéal qui cherche à imposer une présence mais qui sans cesse se dérobe. Le dessin nourrit sa persistance à renaître de son imperfection même.

 

 

 

 

 

Jean-Charles TAILLANDIER, essais sur la portrait (2013-2018)
De 1 à 6, chaque dessin : encre de Chine, peinture sur papiers marouflés, ( 20×20 à 30×30 cm. )

 

 

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